Feliz Navidad à Villa Serrano

Visiter le marché artisanal de Tarabuco, le cratère de Maragua ou les villages jalq’a ? Pas possible pendant Noël. Mais certaines agences de tourisme de Sucre ne manquent pas de ressources. Et : pourquoi pas trois jours de fête à Villa Serrano et la promesse d’authenticité ? Marché conclu. En route pour 200 kilomètres à l’est de la capitale bolivienne.

son une

Villa Serrano à près de cinq heures de Sucre, la capitale

Villa Serrano à près de cinq heures de Sucre, la capitale

La nuit du réveillon, la « noche buena », il n’y a plus grand monde sur la place centrale de Villa Serrano à près de trois heures du matin. Mais les fêtards se refusent au sommeil. La casquette et la queue de cheval de Negro se balancent quand il frappe le sol de ses sandales et chante à tue-tête la bouche pleine de coca. Mita et ses fils de métal qu’il tord la journée pour en faire des fleurs ou des bijoux sont toujours là.

Sur le banc, en face, la guitare de David passe des airs traditionnels à Metallica. L’impressionnant flûtiste Fernando reste discret. Jhass n’est pas loin. Payés pour assurer les trois jours de fête de la Navidad, ces trois trentenaires sont aussi à la tête d’un groupe de touristes, deux Français et trois Espagnols. En attendant le grand jour, l’ouverture des festivités de Noël dans quelques heures, ils tuent le temps et font tourner le chapeau. Tequila et insomniaques locaux sortis de nulle part seront avec eux jusqu’à l’aube du 25 décembre.

A la lumière de la croix

Il y a quelques heures, un bus au départ de Sucre a conduit ces musiciens et les cinq Européens à Serrano. David est le lien entre ses comparses qui vont contribuer à l’animation du pueblo de quelque 3.500 habitants et ceux du Vieux-continent.

A bord de l’autobus où une icône de Jésus trône en bonne place, le centre de la capitale bolivienne a vite laissé place à la périphérie. A la ville blanche ont succédé beaucoup d’habitations de briques inachevées. Moins de bitume et plus de terre. En quelques kilomètres, la singani, grappa bolivienne, est aussi apparue. Un peu pour la Pachamama, beaucoup pour les voyageurs qui seront secoués par la piste.

Plus de quatre heures ont passé quand l’équipée descend. Villa Serrano, fin du périple ! Pas tout à fait. Le toit promis fait défaut. Il faut attendre son remplaçant, à la lumière de la croix dominant la ville, sous un feu d’artifice qui allume le ciel de réveillon.

Es la noche buena, es la navidad

Miracle de Noël, un dortoir a recueilli les voyageurs et tout le monde a eu le droit à sa picana, le plat traditionnel. La nuit de réveillon a été longue mais au matin du 25 décembre, les festivités de la navidad commencent enfin. Les enfants d’abord. Guitare, charango, accordéon, grosse caisse, violon… Les musiciens entreprennent des tours de la place principale et visitent certains habitants pour un concert maison, toujours accompagnés des danseurs.

L'une des rues de Serrano prises d'assaut par les enfants

L’une des rues de Serrano prises d’assaut par les enfants

Il n’est pas loin de midi. Pause. Les adultes vont finir de digérer le réveillon et se retrouveront vers 16 h 30 pour passer aux choses sérieuses.

Quand ils se présentent, la place s’est remplie. Le temps s’est rafraîchi. Les musiciens venus de Sucre ont été rejoints par le reste de l’orchestre. Leurs percussions commencent à résonner. Les flûtes s’accordent. Roulements de tambours. La coca gonflent les joues. Toujours quelques gouttes d’alcool pour la Pachamama et plusieurs verres pour eux. La soirée et la nuit seront longues.

Les musiciens s'échauffent avant l'entrée en scène

Les musiciens s’échauffent avant l’entrée en scène

Les premières notes du chutunqui, l’air traditionnel, sont données devant l’église. Le rythme est celui du bercement d’un enfant. En l’occurrence Jésus-Christ. « Es la noche buena, es la navidad ! » En route pour la place centrale, puis une maison.

Bras dessus, bras dessous, sur des airs de chutunqui

Bras dessus, bras dessous, sur des airs de chutunqui

Pendant plus d’une demie-heure, devant la crèche gigantesque, les danseurs ne faiblissent pas, bras dessus-bras dessous. Les musiciens donnent, transpirent, repartent de plus belle dans une folle farandole qui traverse les rues.

Depuis la place principale, les groupes de danseurs s’élancent

Il est près de 21 h 30, leur prestation vient de se terminer. Dehors, le soir tombe. Quelques cigarettes sur un bout de trottoir pour donner du cœur. Les danseurs sont déjà prêts et l’orchestre repart. Retour sur la place pour rallier une autre habitation, une autre crèche. Le scénario va se répéter deux fois et le final sera donné à l’extérieur de la ville, devant l’établissement d’une “zorra”. Le début d’une autre fête…

Encore deux jours à tenir

Le réveillon et Noël sont passés, soit un jour de fête. Pour le groupe payé 6.000 bolivianos par un groupe de danseurs – pas de professionnels, juste des Boliviens fiers de leurs traditions – encore deux à tenir. Au réveil, le 26 décembre, certains ont des trous de mémoire, d’autres ont mal à la gorge et les yeux rougis. Mais aucun doute, ils seront en place le soir-même. La ville compte sur eux et attendra qu’ils soient d’aplomb.

Le programme n’a pas changé : défilé des enfants le matin et/ou messe, puis repas et sieste. D’autres préfèrent se trouver un coin à l’ombre, contre un mur ou sur un banc. Et passent le temps en discutant ou en mangeant quelques glaces. Les “cholitas” ont mis leurs plus belles tenues. Les garçons aussi. Coups d’œil en coin et petits rires complices.

Villa Serrano attend que la fête reprenne

Villa Serrano attend que la fête reprenne

L’après-midi s’étend. Arrive 15 heures. La place se remplit de nouveau. Les premiers musiciens refont surface et dressent le bilan de la nuit passée. Le temps pour certains voyageurs de reprendre la route et de retrouver la piste cahoteuse, direction Sucre. Bagages dans la soute parmi les sacs de pommes de terres et d’autres paquets. Et encore le rythme du chutunqui et d’un Noël spectaculaire dans la tête.

Autour de Villa Serrano

Du 25 au 27 décembre, les enfants ouvrent chaque matin les festivités de la Navidad. Alors pour tuer le temps jusqu’à ce que les adultes prennent le relais, en milieu d’après-midi, voici quelques possibilités, autres que la sieste ou plusieurs heures de méditation à l’ombre, sur la place principale.

  1. Profiter du rio et de sa cascade renommés dans la région.
  2. Visiter le musée de Serrano. Fierté locale, il abrite le plus grand charango au monde taillé dans un seul bloc par Mauro, saint dans sa ville. Un instrument de plus de six mètres authentifiés par le World Guiness Book des records. D’autres instruments, des tableaux dont celui de Juan Antonio de Sucre, un Christ en croix, etc.

    Le plus grand charango au monde est signé Mauro

    Le plus grand charango au monde est signé Mauro

  3. Faire quelques courses au marché le long de la route principale. D’innombrables étals sont installés sous des bâches bleues.
  4. Monter jusqu’à la croix qui domine la ville en empruntant le chemin de calvaire.
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s