Leurs dernières demeures à Sucre

« Au nom de la vierge Marie et de son fils Jésus-Christ. » Des mots prononcés par une femme aveugle assise sur un banc, à l’ombre de gigantesques résineux. Comme une litanie résonnant dans l’allée centrale du cimetière de Sucre, bordée de fastueux tombeaux. Le Père-Lachaise de la capitale constitutionnelle de la Bolivie.

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Contre une petite pièce, l’infirme prie pour les morts. Des anonymes. D’anciens présidents de la République, à l’image de Hilaron Daza, dont la dépouille repose, depuis 1878, en ce lieu prisé des étudiants. Un peu à l’écart, le nez plongé dans les bouquins, le chant des oiseaux accompagne leurs révisions. À deux pas de là, un couple d’amoureux se susurre quelques mots doux au creux de l’oreille.

Tombe du président Hilaron Daza

Tombe du président Hilaron Daza

Soudain, une imposante voiture blanche vient rompre cette quiétude. Les vitres baissées laissent s’échapper un air de musique lancinant. Une cumbia. Le coffre grand ouvert accueille un cercueil en bois foncé. Il ou elle, prendra résidence éternelle dans ce qui ressemble à un immeuble d’envergure… en construction. Ses amis, à peine la trentaine, sa famille… Tous l’accompagnent dans une marée humaine noire.

Une case, un enfant

Au loin, des couronnes de rubans blancs et bleus attirent le regard. D’autres ont préféré à l’azur, le rose. Elles ornent des vitrines. À l’intérieur, des jouets. Parfois des photos. À chaque case, un bébé ou en enfant. Il y en a des centaines des milliers peut-être placés côte à côte, sur des dizaines de mètres de long. Véritables HLM de la mort. Les plus haut comptent jusqu’à 7 « étages ».

Les jouets accompagnent  l'enfant dans son "voyage"

Les jouets accompagnent l’enfant dans son « voyage »

Dans une autre aile, les héros de dessins animés laissent la place à des bouteilles de soda remplies ou encore des canettes de bière, selon les goûts du défunt. Des objets du quotidien n’ont pas été oubliés, comme ces brosses à dents ou encore ces cartes musicales de Noël.

Contre une petite pièce…

Une famille apporte des fleurs – achetées quelques minutes plus tôt sur l’un des nombreux étals installés sur le trottoir qui fait face aux grilles du cimetière. Un minot d’une dizaine d’années, affublé d’un gilet rouge aux couleurs de la ville, échelle sur les épaules, précèdent les tristes mines. La tombe visitée est en hauteur.

A l'entrée, des enfants proposent leurs services aux familles

A l’entrée, des enfants proposent leurs services aux familles

L’enfant grimpe pour la fleurir en échange d’une ou deux pièces. Les employés des lieux ne lui prêtent aucune attention. Assis sur un banc, casque de chantier sur la tête et vêtus de combinaisons de travail, ils font une pause. Un sachet coca dans une main. De l’autre ils saisissent les précieuses feuilles, de quoi faire grossir leur joue à vue d’œil.

Le repos éternel entre collègues

Le repos éternel entre collègues

Sans doute, les mineurs ayant laissé leur peau à Potosi avaient-ils les mêmes chiques de coca afin de supporter l’enfer sous terre. Comme un honneur, ils ont rejoint leurs camarades dans un édifice mortuaire dédié. À quelques enjambées, des ouvriers du pétrole. Là, des fonctionnaires. Ici des transporteurs. La lutte des classes se poursuit par-delà le trépas. Même si les inégalités sociales, en Bolivie, se moquent bien de la mort. Relégués au font, les plus pauvres se contentent de petites niches surmontées d’une croix. Pour tout vase, des bouteilles en plastiques. Ici, pas de cercueil, juste de quoi ne pas oublier.

Les plus pauvres sont regroupés dans un coin

Les plus pauvres sont regroupés dans un coin

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