Quelques minutes en taxi à Sucre

Une fois franchies les portes de l’aéroport de Sucre, capitale bolivienne, une armée de taxis attend les voyageurs. Presque tous prennent la route du centre-ville. L’occasion de laisser traîner ses yeux sur un monde nouveau, déroutant.

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Première étape de ce périple sud-américain, Sucre, capitale constitutionnelle de la Bolivie. Perchée à 2.780 mètres d’altitude, celle que l’on appelle aussi la ville blanche compte près de 257.000 habitants. En périphérie, la pauvreté saute au yeux. Et devient plus diffuse en centre-ville où se côtoient gros 4X4 rutilants et vieilles bagnoles.

Un monde plein de paradoxes et de contradictions défile, en une dizaine de minutes, derrière les vitres d’un taxi, entre l’aéroport Juana-Azurduy-de-Padilla et la Villa Francesca, lieu de résidence du consul honoraire de France, Christophe – qui « représente l’État français et non pas le gouvernement ». Des considérations à mille lieues d’Armando, né a Sucre, il y a un peu moins de soixante ans. Sa rencontre n’aurait jamais pu se faire, si nous n’avions pas pris cinq minutes de répit, résistant aux innombrables sollicitations : à chaque pas, « un taxi ? ».

Les « mochileros »

Harnachés de leurs lourds sacs, les « mochileros », souvent blancs de peau ou « gringos », deviennent de véritables « cibles ». Nous ne faisons pas exception. Alors que nos pieds foulent pour la première fois la terre quechua, un sentiment de pression s’invite. Stop ! Des « non merci », parfois rudes, s’imposent.

Tous les jours, un va et vient de taxis neufs ou déglingués anime Sucre

Une marche offre un point d’observation. De quoi prendre un peu de recul. En contrebas, une nuée de taxis en lutte pour le client. Parmi eux, Armando, 35 ans passés derrière son volant à multiplier à l’infini les allers-retours entre les pistes d’avions et le centre-ville.

Le teint basané, les cheveux blancs et le sourire aux lèvres, histoire d’être le plus avenant possible. Quelle que soit la destination dans Sucre, le tarif sera de 30 bolivianos (environ 3 euros). Deux ou trois mots échangés et l’affaire est entendue. Une partie du bardage installée sur la banquette arrière, le reste sur les genoux. Équipée fin prête.

Armando tourne la clé. Le moteur de sa guimbarde rouge des années 80 rugit de toutes ses forces. Pas de pot d’échappement. Mais deux tableaux de bord… Le démarrage annonce une course épique. Seule chose à faire, avoir confiance en notre chauffeur qui se fraie un chemin à grands coups de Klaxon.

Tresses noires de « cholas »

Dans les rues aucun touriste. Juste des chiens errants. Des enfants aux visages maquillés de crasse. Les maisons restent inachevées et laissent apparaître briques orangées et lignes de ciment. Des murs s’échappent de fines tiges de fer. Ici et là, de petits bus marquent l’arrêt, défiant toute logique occidentale. A bord de nombreuses femmes aux longues tresses noires, des « cholas ». Elles descendent en ville.

Des "cholas" s'installent sur les trottoirs

Des « cholas » s’installent sur les trottoirs

De spartiates sandales emmaillotent leur pieds couverts de poussière. Leurs amples jupes, à mi-genoux, offrent au soleil des mollets rodés à de longues marches. Sur leurs têtes trônent des chapeaux en feutre, typiques de Sucre. Les couleurs flamboyantes des étoffes traditionnelles couvrant leurs épaules attirent le regard, sans dévoiler ce qu’elles servent à transporter.

Soudain, Armando appuie sur le frein. Les corps se penchent vers l’avant. Un bus s’engage sans nous prêter attention. Klaxon. Le bus dévie sa trajectoire. Armando reprend de la vitesse.

Quelques kilomètres plus tard, les murs, peu entretenus, se parent de chaux blanche. L’architecture rappelle furieusement l’Espagne d’un temps passé. Sur les trottoirs, la mode des « gringos » devient la norme. Les marques américaines, et même françaises, s’affichent.

Circulation, flot de passants, coups de Klaxon, un aperçu de l'ambiance dans la capitale

Circulation, flot de passants, coups de Klaxon, un aperçu de l’ambiance dans la capitale

Virage à droite, à gauche. Klaxon entre deux intersections. Feu rouge, le temps de croiser des regards aussi interrogateurs que méfiants. Puis, surgissent, côte à côte, sur un balcon, les drapeaux français et bolivien. La Villa Francesca, maison consulaire. Tout le monde descend.

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