Portugalete et Tatasi, l’ancienne gloire des mineurs

Pas un bruit ne se fait entendre, même pas l’unique présence de cette vieille femme, courbée par les ans, fuyant les curieux. Ici, à Portugalete, perdu au creux de la montagne, dans le sud bolivien, tout est désolation. Des maisons en briques brunes ne restent plus que des ruines.

Portugalete n'est que ruines et désolation

Portugalete n’est que ruines et désolation

Danse cette ville minière abandonnée à plus de 4.000 mètres d’altitude, le soleil s’acharne sur ceux qui osent s’aventurer dans ses rues en terre, battue par les pas de ceux qui ont jadis habité les lieux. 

Depuis plus de cent ans les maisons tombent en décrépitude

Depuis plus de cent ans, les maisons tombent en décrépitude

L'une des habitations les mieux conservées

L’une des habitations – à Portugalete elles n’avaient pas de fenêtre – les mieux conservées.

Guillotine au-dessus de la tête

Pour asseoir le sentiment de malaise, une guillotine, destinée à châtier ceux qui voulaient davantage que leur part, surplombe la bourgade. Plus de lame, juste une construction minérale qui tombe en décrépitude. De quoi se rendre compte que les habitants n’étaient pas là pour partager une vie tranquille et paisible. Jusqu’à la fin du XXe siècle, les hommes laissaient leur santé dans les entrailles de la roche.

La mort pour les voleurs d'argent

La mort pour les voleurs d’argent

Ceux qui n’ont pas survécu à une vie de dur labeur ont trouvé leur dernière demeure dans le cimetière de la ville, un peu à l’écart. Sur la porte infranchissable en bois massif éprouvée par les affres du temps et la rudesse du climat, une croix catholique dessinée à la peinture bleue. L’encadrement en pierre, en bas, porte la marque d’un christianisme métissé de croyances locales : un soleil (Inti) de style jésuito-andin. De l’autre côté des murs d’enceinte, une poignée de tombes envahies par les hautes herbes à moitié sèches.
Ce qui a poussé ces hommes sur cette terre inhospitalière ? Le zinc, l’argent, l’étain et le plomb que renfermait autrefois la montagne. Des trésors découverts au XVIe siècle par les colons espagnols. Et le deuxième plus important gisement de Bolivie après celui des célèbres mines de Potosi.

L'entrée du cimetière est un métissage entre christianisme et croyances quechuas

L’entrée du cimetière est un métissage entre christianisme et croyances quechuas

Tatasi, 120 mineurs, 600 âmes

Aujourd’hui ne restent plus que les stigmates d’un sol ravagé qui ne cache plus que quelques miettes d’un copieux gâteau « portugalujo ». De maigres restes que s’échinent encore à extraire les 120 mineurs du village en train de mourir sur l’autre versant de la montagne, Tatasi. Sinistre endroit.

Tatasi est nichée au cœur des montagnes

Le village de Tatasi est niché au cœur des montagnes

Femmes et enfants compris, quelque 600 âmes affrontent ici la vie.  À l’entrée de la mine, des détritus jonchent en masse le sol. En hauteur, une statue interpelle. Un mineur musclé au regard déterminé. Le long de sa jambe gauche, un marteau-piqueur. Dans sa main droite, un fusil brandi vers le ciel. Véritable Stakhanov bolivien.

La statue d'un mineur veille sur l'entrée de la mine

La statue d’un mineur veille sur l’entrée de la mine

À deux pas de cette image de grandeur, gisent, à même le sol, des wagons rongés par la rouille.

Quelques wagons rouillés, usés pat le travail

Quelques wagons rouillés, usés par le travail

Oswald, un habitant, ne se plaint pas de son sort. Son visage marqué le rend plus vieux que son âge. Ses mains sont devenues rugueuses à force de travail. Né à Tatasi, il espère y rendre son dernier souffle. Malgré la souffrance, il est attaché à sa terre d’origine. Mais il doute de l’avenir de ses jeunes confrères en train de préparer des sacs de poudre noire. Du minerai d’argent sur le point d’être envoyé au Chili. 

Dans les ruelles terreuses de Tatasi, les murs témoignent pourtant d’une heure de gloire. Des fresques quasi effacées en l’honneur des mineurs. Une bibliothèque en mauvais état et une école qui semble ne plus vraiment fonctionner. « Les touristes arrivent jusque là », s’étonne tout en se moquant un homme. Dans ses yeux, aucune sympathie pour les rares « gringos » de passage, contrairement à ce jeune ouvrier qui retape avec les moyens du bord la façade d’un bâtiment. Son sourire montre qu’il entend garder espoir malgré la misère qui encercle Tatasi.

Représentations de mineurs sur les murs

Représentations de mineurs sur les murs

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