Tous en liberté dans la Péninsule de Valdès

« Que peut-on voir comme animaux ici ? » Question bête d’humbles touristes qui franchissent le parc national de San-Ignacio, dans la province de Misiones en Argentine. Réponse inattendue du garde forestier : « On n’est pas au zoo ici. » A Puerto-Madryn, dans la partie atlantique de la Patagonie, la réponse aurait été toute autre. Et l’énumération aurait commencé par les lions et éléphants de mer, les tatous, les manchots de Magellan, les cormorans, les guanacos, les orques sans oublier les baleines.

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Cette diversité, ce n’est pourtant pas à Puerto-Madryn même, ville côtière sans charme de la province du Chubut, qu’elle peut être observée. Mais surtout autour de la Péninsule de Valdès, à une quarantaine de kilomètres. Zone inscrite au patrimoine naturel de l’humanité de l’Unesco depuis 1999, elle est le petit paradis animalier de nombre d’Argentins, une fierté du pays. Ici, pas d’espèce en cage. Les rencontres dépendent de la météo et des saisons, autant que du facteur chance. Prévenu, chaque visiteur qui entre dans la péninsule ne peut s’empêcher de se demander jusqu’à quel point il approchera ces bestioles ou s’il aura le privilège d’être spectateur d’une partie de chasse des épaulards.

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Baleines, orques, lions et éléphants de mer… Les rencontres dépendent de la météo et des saisons, autant que du facteur chance

Glande au bord de l’eau

Pas de touristes – surtout en basse saison -, vue imprenable sur l’Atlantique, certitude d’observer au plus près quelques curiosités de la nature : trois atouts majeurs de Punta-Ninfas, à une heure et demie de « piste » de Puerto Madryn. Sur le chemin sableux qui sert de frontière entre les vastes estancias argentines, cuis (petits rongeurs), guanacos (de la famille des lamas), martinas (sorte de perdrix surmontées d’une crête punk) et rapaces assurent la première partie d’un spectacle animalier réussi.

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Guanaco tranquille sur la route qui conduit à Punta-Ninfas

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Des cousins de l’autruche en balade ?

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Partie de chasse sur le territoire des estancias

Deuxième acte au bas d’une falaise abrupte qui surplombe l’océan. Là, en bord de mer, au soleil, les éléphants de mer « glandent » à quelques mètres des objectifs de photographes. Ça se gratte et éternue, ça roupille et se chamaille toute la journée, en passant le temps les uns sur les autres. Tant d’attitudes semblables aux humains et tellement de différences. Plusieurs centaines de kilos entre autres. Gare à celui qui s’approcherait trop près ou se placerait entre la bête (véritable bulldozer) et l’eau, son seul refuge en cas de danger…

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Promesse d’un étrange spectacle au pied de la falaise qui borde l’Atlantique

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Sur la plage de Punta-Ninfas…

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Séance de glande honteuse des éléphants de mer

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Détente devant les objectifs des photographes

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Sous le soleil argentin

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Ils sont plutôt sympathiques. Mais ne jamais se trouver entre les animaux et l’eau…

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Un peu d’exercice

 Guetter l’aileron

Pourtant le principal risque vient des fonds marins de Punta-Norte, quelques dizaines de kilomètres plus au nord. Une partie d’océan dans laquelle l’orque navigue toute l’année. Mais arrivé  l’été, le prédateur se rapproche des côtes où les éléphants et lions de mer élèvent leurs nouveaux-nés. Les plages deviennent alors d’abondant garde-manger.

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Après l’été, éléphants et lions de mer élèvent leurs nouveaux-nés sur les plages qui bordent Punta-Norte, le territoire des orques

Viendra, viendra pas se restaurer ? L’orque ne se prélasse pas sur un banc de sable, se laissant photographier à souhait. Les manchots sont bien là, les éléphants de mer, les lions et leurs bébés aussi, mais pas d’aileron à l’horizon. Les heures passent. Le soleil alterne avec la pluie et le vent demeure. Un mauvais signe pour qui veut apercevoir les techniques de chasse de l’orque de Patagonie. D’abord son approche le long des côtes puis l’attaque, aidée par une vague, jusqu’à ce qu’il se saisisse de sa proie et reparte en s’aidant de la marée. Repu de ses attaques des jours précédents ? Le prédateur ne s’est pas montré. Pas de leçon de chasse de l’immense mammifère noir et blanc, baptisé « baleine tueuse » en anglais.

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Pose d’un manchot de Magellan

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Une sieste sous le vent glacial

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Changer de plumes, changer de peau

Roberto Bubas, l’étrange

Légère amertume, l’envie d’en savoir plus. Deux raisons de sonner à la porte d’un « héro » argentin vivant à Puerto-Madryn, Roberto Bubas, celui qui « parle » aux orques. Livres, articles, vidéos et réseaux sociaux racontent en boucle l’histoire de ce jeune homme fasciné par le monde marin, parti des montagnes d’Esquel vers l’océan pour vivre sa passion. Et le quadra devenu « garde faune » ne rechigne pas à narrer encore et encore sa rencontre avec les orques ou à détailler le jeu secret qu’ils a entretenu avec eux pendant plusieurs années. D’une voix calme, avec ses airs d’acteurs, il confie son affection pour l’animal qui loin de l’individualisme partage le produit de sa chasse avec ses congénères et n’abandonne personne de son groupe. Pour Roberto Bubas, qui a touché l’orque, lui a joué de la musique, a échangé avec lui, il est tout simplement l’équivalent de l’homme dans les mers, de qui l’humanité aurait beaucoup à apprendre.

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Roberto Bubas, la légende argentine qui a approché les orques au plus près (Photo R. B.)

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Rencontre entre l’homme et l’orque (Photo R. B.)

Vécu impressionnant. Qui peut se targuer d’avoir fréquenté des prédateurs de plusieurs mètres ? Alors que les chasseurs fraient dans la péninsule, serait-il possible d’être témoin de cette relation unique ? L’intéressé répond qu’il a terminé son étude sur les orques et a été muté a Punta-Norte. Bon… Mais une petite exception ne pourrait-elle pas être envisagée ? Négatif.  « Je ne vais plus les voir qu’une ou deux fois par an, comme simple touriste. » Ahh… Et pourquoi pas une entrevue sur le lieu de travail du fonctionnaire, en pleine péninsule ? On ne sait jamais : imaginons que des orques se montrent à ce moment-là… Cette fois le garde-faune ne ferme pas la porte. Il réfléchit et promet de rappeler. Un jour, puis deux passent. Rien si ce n’est l’envoi d’une vidéo sur les orques intitulée « nostalgie ». Mordrait-il à l’hameçon ? Coup de téléphone à l’intéressé. « Quoi de neuf ? » Il se penche toujours sur le rendez-vous. L’attente reprend mais pas plus de nouvelle. Roberto Bubas fait le mort. Constat forcé : de sa rencontre avec les orques, il ne reste que des photos d’autres journalistes immortalisées sur papier glacé, et son post, quelques semaines plus tard, sur un réseau social où il apparaît au bord de l’eau, un aileron en second plan. L’humain, quelle étrange espèce…

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