Le temps s’arrête aux Sombreros Sucre

Plats et amples à Sucre. Ramassés et bombés à La Paz. Deux styles pour deux régions bien différentes. Et pourtant la plupart des chapeaux que portent avec panache les Boliviens et Boliviennes naissent presque tous, depuis 17 ans, derrière la façade rouge bordeaux des usines Sombreros Sucre, dans une petite rue de la capitale constitutionnelle de Bolivie.

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Une chaleur moite qui aplatit les corps. De la vapeur qui prend à la gorge. Dans l’air, virevoltent d’infimes flocons de laine venue de Bolivie (en vrac et marronâtre) et d’Argentine (empaquetée et propre comme un sou neuf). Partout la matière cotonneuse s’infiltre, dans les rouages des machines ronflant de toutes leurs forces, jusque dans les plus petits pores de la peau de la centaine d’hommes et de femmes travaillant pour les Sombreros Sucre. Impossible de savoir combien d’heures dure une journée de travail. Leur salaire, un mystère.

 

Deux types de laine sont utilisées celle en vrac de Bolivie et celle impacabled'Argentine

Deux types de laine sont utilisés : celle en vrac de Bolivie et celle impeccable d’Argentine

La matière cotonneuse s'infiltre partout

La fibre cotonneuse s’infiltre partout

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Le processus démarre avec un premier bain d’eau chaude

S’user la santé

Une chose est sûre, rares sont ceux qui affichent 17 ans de service. Surtout chez les ouvriers qui s’usent la santé lors des premières étapes du processus de fabrication des fameux chapeaux sucrenses. Entre les produits chimiques utilisés sans autres précautions, afin de débarrasser la laine de ses impuretés, ou les teintures tout sauf naturelles, les corps sont mis à rude épreuve.

Trempette dans des produits chimiques

Trempette dans des produits chimiques

Un peu partout des mains fripées à force d’être plongées dans l’eau chaude. Tout ça pour que la laine se fasse feutre. « Nombre d’ouvriers ne mettent pas de gants afin d’avoir une meilleure malléabilité », explique – sans y voir à mal – une employée de bureau servant de guide aux blanc-becs. Pas d’inspecteur du travail, mais un fort turn-over. Pourtant, personne ne se plaint. La norme fait halluciner plus d’un « gringuits ».

Pas de gants pour protéger les mains presque tout le temps en contacte avecl'eau

Pas de gants pour se protéger les mains presque tout le temps en contact avec l’eau

Encore gorgées d'eau les pièces de feutre volent vers l'étape suivante

Encore gorgées d’eau, les pièces de feutre volent vers l’étape suivante

La pause de 10 heures touche à sa fin. Des éclats de rire s’échappent encore entre deux bouchées d’un riz juteux accompagné de viande. Un puissant « dring-dring » métallique retentit. Il est temps de retourner au labeur. Juan-Victor, 28 ans, s’approche de ses machines. Short, T-shirt, tongues et casquette à l’envers. Il ne lui reste plus qu’à enfiler ses maniques en tissu. Juste de quoi recouvrir les paumes de ses mains. À sa gauche, une pile de « cloches » en feutre noir. Elles se gorgent de vapeur. Une poignée de secondes plus tard, il en saisit une, la place sur une espèce de cône de bois. De tout son corps l’étire vers le bas. Les gestes sont précis et rapides. Depuis deux ans, le jeune homme enchaîne les coiffes à une allure folle. Comme un robot.

Encore quelques secondes et les machines seront lancées

Encore quelques secondes et les machines seront lancées

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T-shirt et tongues pour habits de travail

De simples maniques en tissus afin de préserver les paumes de main

De simples maniques en tissu afin de préserver les paumes de mains

Des gestes rapides alliant force et précision

Des gestes rapides alliant force et précision

Monstres de fer

Un peu plus loin, devant d’autres monstres de fer, des femme guident, dans un bercement aussi régulier qu’un métronome, une fine couche de laine sur une olive de bois. Elles seules savent quand il faut interrompre cette danse en huit. Stop. Coups de ciseaux au milieu de la masse moutonneuse et accouchement des fameuses « cloches ». Savoir-faire de précision. Malgré la prouesse, les yeux de passage ne peuvent s’empêcher de ne voir là que des femmes courbées au dos plein de douleurs.

Une danse en huit erreintante

Une danse en huit éreintante

Derrière elles, des hommes placent sous une énorme presse les morceaux de feutre. Toujours cette brume de vapeur qui dilate les bronches. Une fois aplaties comme des crêpes, les étoffes se retrouvent sur un établi. Des mains expertes les empoignent. Sans émotions, elles découpent les bords irréguliers à la vitesse de la lumière.

Sous les presses, les "cloches" prennent forme

Sous les presses, les « cloches » prennent forme

Coup de ciseaux expert

Coups de ciseaux experts

Soudain une odeur dérangeante s’invite dans les narines. « C’est dans ces cuves que nous teignons les cloches. » Dans les parages, les masques de protection sont, le plus souvent, inexistants. Les « blanquitos » pressent le pas, une seule chose en tête : fuir cette ambiance malsaine.

Fierté d’ouvrier

Par là, des escaliers en métal. En haut, le calme. La frénésie des premières étapes laisse place à la concentration d’un travail minutieux. Dans ce qui ressemble plus à un hangar qu’à un atelier, de faibles ampoules suspendues à un fil éclairent deux ou trois silhouettes. Entre un établi rudimentaire et une machine où reposent au chaud des casquettes orangées au nom « so british », un colosse de muscles à la longue chevelure noir corbeau.

Sous les mains d'Ivan apparaissent les Sombreros Sucre

Sous les mains d’Ivan apparaissent les Sombreros Sucre

Son tablier lui donne des allures de maréchal-ferrant. Sous les mains puissantes d’Ivan, la petite trentaine et huit ans de boîte derrière lui – un ancien -, les « cloches » épousent une forme de métal. Chaque jour, près de 80 couvre-chefs de sa facture sortent de l’usine. « Je suis fier quand je vois l’un nos chapeaux porté dans la rue », confie dans un grand sourire Ivan.

Les couturières apportent   la touche finale

Les couturières apportent la touche finale

Un étage encore au-dessus, une dizaine de couturières apportent la touche finale à ces véritables œuvres d’art qui oscillent entre 80 et plus de 450 bolivianos (une fortune en Bolivie). Le prix de nombreuses heures de travail dans des conditions dignes d’un autre temps.

Le poids des images

Tout commence sur un énorme rouleau

Tout commence sur un énorme rouleau

Les cloches prennent naissance

Les futures coiffes sont pesées dès leur naissance

D'étranges machines aux liquides chimiques

Les liquides chimiques coulent d’étranges machines

Sur l'olive de bois sera déposé le filet de laine

Sur l’olive de bois sera déposé le filet de laine

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Les « cloches » de feutre s’accumulent à même le sol

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Même si le travail est dur, on porte les couleurs des Sombreros Sucre

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Plusieurs dizaines de modèles différents sortent de l’usine

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Des formes de métal comme dans l’ancien temps

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Une entreprise loin du tout aseptisé

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Ivan face à son établi

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Un coup de fer à repasser afin de parfaire l’ouvrage

De la vapeur, encore et toujours

Un outillage du siècle dernier

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Un atelier à l’heure de la pause

 

 

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