Inti Raymi, façon Cusco

La Paz en Bolivie. Cusco au Pérou. Presque à égale distance des berges de l’immense Titicaca – trois heures environ – mais chacune de son côté du rivage. En plus de se partager cette mer intérieure, les deux pays préparent chaque année juin avec le plus grand soin, le mois de fête par excellence. Au cœur des Andes, pas question de plaisanter avec la célébration du solstice d’hiver. Au pays d’Evo Morales, l’événement majeur dédié à l’astre solaire se déroule à Tiwanacu, à une centaine de kilomètres de La Paz. Mais pas de commune mesure avec le côté péruvien. Dans l’ancienne capitale de l’empire inca, l’« Inti Raymi » est prétexte pour les Cusqueños à une fiesta de plusieurs semaines.

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Première étape avec le « transfert » des saints de chaque quartier jusqu’à la cathédrale. Puis la fête du soleil elle-même quelques jours plus tard, le retour des protecteurs de la ville dans leur paroisse respective et une foire du diable tous les jours de la semaine. « A Cusco, juin est un mois complet de fête », se targuent ses habitants.

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Descente des saints de Cusco quelques jours avant l’Inti Raymi

Sans l’ombre d’un doute, la célébration a beaucoup changé depuis l’époque de l’inca Pachacutec, principal bâtisseur de la cité sacrée. Bien qu’elle garde à peu près le même nombre de jours officiels de réjouissance – neuf -, la fête du soleil façon Cusco est devenue une attraction depuis son retour sur le devant de la scène en 1944. Un Inti Raymi version deuxième millénaire. Un business diront certains. Un moyen de rappeler une identité culturelle commune chez les habitants et de faire fonctionner le commerce à tout-va grâce aux touristes.

Pour quelques dollars de plus

Le jour J, depuis le Qorikancha où l’inca apparaît en s’adressant directement au soleil, tout a un prix. Lunettes de soleil, nourriture, boisson, drapeaux, programme, DVD des anciennes éditions et même des bouts d’espace public pour assister au spectacle dans de meilleures conditions. Ce qui n’a pas manqué de provoquer un tollé, quelques heures après l’édition 2014.

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Le jour J tout se vend même des bouts d’espace public pour assister au spectacle. Inadmissible selon la presse

« C’est inadmissible », s’étranglaient les journalistes du JT, pointant des agences de tourisme en train de surfer sur la cote de l’Inti Raymi auprès des gringos en vacances. Pure démagogie. Depuis des jours, combien de vitrines assuraient aux Blancs de passage pouvoir fournir de bonnes places contre des billets verts ? Et combien de gogos ont dépensé jusqu’à 200 dollars pour siéger sur des gradins – clairsemés cette année – installés au temple de Sacsayhuamàn, où se déroule la seconde partie du spectacle ? Des dizaines, placés en plein soleil, à plusieurs dizaines de mètres d’un comédien interprétant l’empereur inca en quechua – une langue semble-t-il différente de celle parlée par le fils du soleil. Oui le comportement des tours opérators est horripilant mais est-il surprenant ? L’argent appelle l’argent.

Lilliputiens

Dans ces conditions, pas étonnant que l’Inti Raymi perde de sa superbe. Les costumes flamboyants, les bijoux imitation or et étincelants au soleil ou la mise en scène demeurent pourtant incroyables. Mais tellement surfaits dans ce qui s’apparente plus à un spectacle pour touristes qu’à un hommage aux fondateurs de la capitale de l’empire. « Il y a une quinzaine d’années, la cérémonie était plus réaliste. Le lama était sacrifié pour de vrai, cela avait un sens. Aujourd’hui, c’est du pur théâtre », raconte un Cusqueño désabusé.  Alors que reste-t-il de l’Inti Raymi pour les fauchés, les « sans dollar » étrangers ou locaux installés librement sur les terrasses de Sacsayhuamàn, en surplomb et loin se la scène ? Les pierres ou les peaux de bananes jetés par leurs semblables quand ils osaient se lever pour tenter d’apprécier la chorégraphie des acteurs en contrebas, grands comme des Lilliputiens.

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Vue sur les comédiens depuis le Sacsyhuamàn

Mauvaise langue ? Un peu, c’est vrai. La fête du soleil péruvienne est aussi un moment d’« allégresse » sans pareil, fait de bagarres lors des distributions de livres sur la ville de Cusco, de bousculades dans les cortège qui suivaient les fanfares jusqu’à la Plaza des Armas, de partage avec certains « burrachos »… Mais gardons plutôt de l’Inti Raymi les parures, les couleurs et l’investissement sans faille des participants grâce à quelques photos…

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