Faire ses courses à la bolivienne

Les supermarchés n’ont pas vraiment la cote en Bolivie. Et on presque envie de dire tant mieux. Pour faire ses courses, rien de mieux que de se balader au hasard des méandres des « mercados » jusqu’à s’y perdre. Détours par le dédale d’étals de Sucre et La Paz, en passant par Tarabuco et Cochabamba. En prime, quelques arrêts sur les « stands » colombiens, équatoriens et péruviens.

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Sur un étal de pierre recouvert d’une peinture blanche, une tête de vache dépecée. Ses grands yeux noirs entourés de chaire sanguinolente hypnotisent le chaland de passage. Entre deux morceaux de barbaque taillés en pièces, une enfilade de poulets déplumés, prisonniers d’énormes crochets de boucher, becs tournés vers le sol. Et l’odeur de la viande qui assaille les narines. Âcre et violente. De quoi soulever les tripes. Malgré tout, au milieux de cette orgie d’hémoglobine coagulée, une jeune vendeuse s’est laissée tomber dans les bras de Morphée. Sa blouse bleue pour unique rempart contre ce sang, omniprésent.

Viande rouge sur lit de viscères, à Tarabuco,Bolivie

Viande rouge sur lit de viscères, à Tarabuco, Bolivie

Puissant, bestial

Un nouveau parfum titille de plus en plus le nez. Puissant. Bestial. Il s’échappe de blocs de pâte blanchâtre. Des fromages. Les plus affinés préfèrent se parer d’une robe jaune. Un tout presque aussi dure que le roc au goût charpenté et ultra salé.

Une seule sorte de fromage mais des affinages diférrents

Une seule sorte de fromage mais des affinages différents, à Sucre, Bolivie

« Tchaktchaktchak ». Un fouet bât la paroi d’une bassine en plastique orange. À l’intérieur, une mousse blanche, de la chantilly. Un bout de France mariée avec une douceur dont raffolent bon nombre de Boliviens, la gélatine. Rose, verte, orange. Monochrome ou bicolore, présentée dans des gobelets en plastique translucide disposés en pyramide. « Gelatina, gelatina ! »

Mosaïque de couleur, à Sucre, Bolivie

Mosaïque de couleurs, à Sucre, Bolivie

Quelques pas plus loin, des montagnes de fruits. « Goûte les oranges, elles sont bien juteuses. J’ai aussi des bananes, des fraises. Qu’est-ce que je te sers », s’emballe une jeune femme à la chevelure noire corbeau et à la peau brune. Au centre de cette mosaïque de couleurs, une forme imposante intrigue les flâneurs. Sphérique, recouverte d’une carapace verte. Sous cette protection peu ragoûtante, une pulpe aussi blanche que le sel du salar d’Uyuni. Une matière un rien visqueuse recouvrant, comme une mère son nouveau-né, un noyau noir-violet. En bouche, une saveur acidulée, étrangement familière. Pareille à des bonbons. « C’est du chirimoya ! », s’enthousiasme la vendeuse. Derrière elle, des paniers en osier par centaines, suspendus ici ou là. L’opération du saint esprit rôde sans doute dans les parages pour faire tenir ce Meccano improbable.

Comme à Sucre, les produits du jours prennent place à même le sol sur le marché de Tarabuco

Comme à Sucre, les produits du jour prennent place à même le sol sur le marché de Tarabuco

Fesses contre fesses

Tout à côté, une vieille dame dépose délicatement quelques oignons blancs sur une bâche en plastique usé, à même le sol. De son étole aux couleurs aussi joyeuses que son visage ridé semble triste, elle tire deux grosses bottes de plantes médicinales. Sans doute cueillies le matin même, pourtant déjà flétries. Et partout du monde. Surtout des femmes. Fesses contre fesses. Bras contre poitrines, elles essayent de se frayer un chemin dans cet étroit dédale encombré de gigantesques sacs en espèce de toile de jute, gonflés de riz, de coca et de pâtes de toutes sortes et de toutes tailles. Maltraitées une poignée de minutes plus tôt, les narines se délectent désormais de senteurs caressantes. Cumin, aji, volutes de pain chaud, beignets…

Pain bolivien, petits gâteaux, à Sucre

Pain bolivien et petits gâteaux, à Sucre

Et un mixeur de jus de fruits, un !

Les mirettes en ont aussi pour leur compte. Protégés derrière des vitrines, des gâteaux enrobés de crème blanche, rose, bleue. De véritables œuvres d’art qui laissent présager pas mal de sucre et un zeste de colorants chimiques.

Jus de fruits frais sur demmande

Jus de fruits frais sur demande

En quête de plus de naturel, direction la place centrale du marché pour savourer un plein mixeur de jus de fruits contre quelques bolivianos. Mais avant de rafraîchir les gosiers, visite à la vierge dans une petit crypte sombre au sol luisant de cire. Seule la flamme des cierges allumés éclaire la Sainte. Une prière histoire d’être sûr de faire de bonnes ventes d’un côté et de bons achats de l’autre. Amen.

 

En photos, de la Bolivie à l’Equateur

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