Rando à trois temps dans le Huascaràn

Trois jours à écouter son cœur qui s’emballe dans les montées, à calmer ses poumons en manque d’oxygène et à encourager ses jambes fatiguées. Trois jours à marcher dans les cordillères noire et blanche d’Ancash, au Pérou, près de Huaraz…  Morceaux choisis de ces 72 heures pendant lesquelles la « machine » a été mise à l’épreuve mais s’est finalement bien adaptée. Entre 3.000 et 5.000 mètres, tout est plus dur et plus beau.

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Huaraz. C’est de cette ville, la plus importante du département d’Ancash, au Pérou, à 400 kilomètres de la capitale, que démarrent la plupart des treks dans les cordillères qui enserrent la vallée « callejòn de Huaylas ». Des guides de voyage français n’hésitent pas à la comparer à une Katmandou des Andes. Mmmm… Jamais vu… Mais espérons qu’elle soit autre chose que cette agglomération sans charme, rasée en 1970 par un tremblement de terre. Trêve de considération architecturale. Première étape avec une rando « d’acclimatation » comme ils disent à Huaraz. La Laguna Wilcacocha, sur les flancs de la Cordillère noire : apparemment une demi-journée de balade pour tester sa résistance physique entre 3.000 et 3.700 mètres, puis redescendre.

Premiers pas sur la Cordillère noire

Premiers pas sur la Cordillère noire

Logo de la Paramount

La veille, le gérant de l’hôtel a dessiné à main levée une carte de la balade. Une succession de virages en quelque sorte, jusqu’à la lagune. Tu m’étonnes que ça tourne. Sec en plus. Et ça grimpe. D’entrée de jeu, la veste est remisée dans le sac et la ration d’eau entamée. On a l’air con à engloutir ces gorgées le souffle court, la tronche toute rouge et les premiers filets de transpiration perlant sur le visage, dans le dos, partout. Mais on est seul sur le sentier, l’honneur est sauf. Pause une poignée d’épingles plus loin. Le palpitant continue sa chamade et les jambes rejoignent le trio gagnant d’organes un peu en panique ce matin avec, en deuxième position, le système respiratoire pas loin d’être dans le rouge. Qu’est-ce qu’ils disaient déjà dans mon guide à propos de cette balade ? Ah oui, rien… Ce que j’en dis moi, c’est qu’il n’y a pas vraiment d’ombre. Mais qu’au moins, avec ce genre de trek, y a pas à trop à se poser de questions : c’est tout droit et ça monte jusqu’à la lagune.

Premiers pas sur la Cordillère noire

Aucune surprise dans ce trek : il n’y a qu’à grimper pour rejoindre Wilcacocha

Pas de blague. Elle est bien là, au bout du sentier. Gentille petite étendue d’eau avec ses canards andins qui se baladent, ses roseaux balancés par le vent et la Cordillère blanche allongée en arrière. Je ne sais pas où les placer mais il doit y avoir une bonne partie des 35 sommets de plus de 6.000 mètres qui la composent. Y a-t-il celui qui sert de logo à la Paramount ? Aucune idée. Mais ce que je sais, ce que je vois, c’est que Huaraz, en bas, paraît bien minuscule.

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La lagune, enfin, un âne et de gentils petits canards… Image bucolique à 3.700 mètres d’altitude

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En face, la Cordillère blanche. Trente-cinq sommets à plus de 6.000

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Huaraz, tout en bas, a été rasée en 1970 suite à un tremblement de terre

Pour retourner en ville, il n’y a pas plus de questions qu’à l’aller. La même chose mais en sens inverse avec simplement plus de temps pour le paysage. A notre gauche, la chaîne de montagnes et les champs jaunis par le soleil. Droit devant, le sentier sinueux et ce village perché dans les montagnes. A l’intérieur, un palpitant plus calme et le reste de la machine qui se repose un peu.

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Retour plus tranquille vers la ville

Style bolivien

Du repos, il y en a eu. Toute la nuit qui a suivi Wilcacocha et pendant les trois heures de bus nécessaires pour rallier le glacier Pastoruri, sur la route de Lima, depuis Huaraz. A l’arrivée, il y aurait même presque des fourmis d’impatience dans les jambes. Cette fois, mon guide en dit quelque chose : « C’est en soi une destination intéressante et un bon trek d’acclimatation avant d’en entreprendre d’autres plus importants (….). Du parking Pastoruri, belle balade en pente douce de 45 minutes environ (…). » Après la journée d’hier, je devrais l’être acclimaté… Présomptueux. La montée n’est pas bien violente c’est sûr, mais quasi continue et, surtout, à 5.000 mètres, avec le vent, le soleil, le froid. Une marche en montagne quoi… C’est pas la Beauce !

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Le vent, le froid, l’altitude… Compagnons de route vers le Pastoruri

Du coup, la respiration recommence son cinéma, à faire sa capricieuse. Alors je me dis que je vais la jouer façon bolivienne, à deux à l’heure mais d’un pas franc et assuré. Ça suit. Le toc-toc sanguin dans les tempes et la gorge diminue. Celui dans la poitrine aussi. Arrivée en douceur jusqu’au mirador. Là haut, le spectacle d’un glacier qui se meurt, au sommet encore blanc mais au corps à vif.

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La neige du glacier disparaît toujours un peu plus

Que de la pierre grise ou dans les tons rouges jusqu’au pied du mur de glace, autour de la cave gelée inaccessible et de la lagune figée par les températures en dessous de zéro. Comme pour Wilcacocha, le retour est plus détendu, avec un corps moins sollicité et un peu de temps pour repenser à ce pic mourant. En se demandant aussi ce qu’il en sera demain, avec cette mystérieuse Laguna 69…

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La muraille de glace et son lac gelé résistent au réchauffement climatique tant bien que mal

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Roches sombres et rouges, ciel bleu et les restes d’un géant tout blanc

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Comme un glaçon que l’on laisserait au soleil

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Descente en douceur du Pastoruri

Le Chacraraju les pieds dans l’eau

« Compter 3 h 00 à 3 h 30 de marche jusqu’à la Laguna 69. On atteint déjà un premier petit lac après 2 heures de marche. Puis, ce sublime lac bleu turquoise situé à 4.550 mètres d’altitude, au pied du Chacraraju (6.108 mètres), dans la vallée Llanganuco, au nord-est de Yungay (…). La difficulté est au retour, car les bus ou collectivos sont rares (…). »
Voilà le topo avec lequel j’arrive, après cinq heures de camionnette. Il est dix heures du matin. « Je vous attends jusqu’à 16 heures. Ça veut dire qu’à 13 heures, vous devez quitter la lagune et commencer le retour. Compris ? », demande le chauffeur, sans plus d’indication. Juste qu’il y aura d’abord une descente, un bois, puis au campement tout droit. Début tout en douceur, le long d’un cours d’eau cristallin dans une agréable vallée de cette partie du parc Huascaràn. Tout va bien à 4.000 mètres. Un pas puis l’autre sans trop forcer, même quand le plateau montagneux commence à s’incliner un peu.

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Vers la Laguna 69. Un débout tout en flâneries…

Maintenant que le fond de la vallée est là, il n’y a plus trop de doute. Il va falloir monter, la contourner par le haut, se diriger vers ce bout de glacier que l’on distingue à l’horizon. Je commençais pourtant à m’y faire à ce rythme tranquille. Mais les acclimatations de Wilcacocha et Pastoruri portent leurs fruits. En style andin, les virages s’enchaînent en douceur, le souffle est régulier, les mollets tiennent bien le coup, alors que les signes de fatigue sur d’autres marcheurs commencent à être visibles.

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L’ascension commence vraiment et les bienfaits des treks d’acclimatation se font sentir

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Grimper, toujours grimper

Le guide n’avait pas menti. La première lagune est là, dominant le reste de la vallée encaissée. Derrière elle ? Un immense plateau dont on ne distingue pas vraiment la fin. Ça sent le piège, l’ascension finale brutale. Dans le mille. Et celle-ci cause plus de dommages que les précédentes. Parce qu’elle n’en finit plus, qu’il y a toujours un lacet qui se dévoile, que la pente s’accentue et que rien n’indique une fin proche. Et ça grimpe toujours, mais la machine répond, sans ressentir la douleur d’un cœur qui veut exploser, de bronches qui brûlent et de jambes lourdes comme de la pierre. Non, tout s’actionne plutôt bien quand une petite touche turquoise se dessine au bout du chemin.

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Première lagune, première victoire

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Une petite tâche turquoise au bout du chemin. La 69 ?

Tout vient à point… Le Chacraraju se baignant les pieds dans une eau méditerranéenne mais ultra gelée. Une image que l’on raconte sans cesse sur le chemin du retour aux marcheurs éprouvés qui n’en n’ont pas terminé. Et que l’on garde sur le chemin du retour, moins éprouvant et consacré au paysage, comme d’habitude.

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Le Chacraraju les pieds dans l’eau

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