Chez le nazi de la forêt

Ce n’est plus un mystère depuis les années 1990. Après-guerre, l’Argentine a accueilli des dizaines, voire des milliers, de nationaux socialistes fuyant la défaite du IIIe Reich. Eichmann à Buenos Aires. Priebke à Bariloche. Hitler lui-même à Villa-La Angostura selon l’écrivain argentin Abel Basti. Mais qu’en est-il de l’homme qui aurait vécu près de San Ignacio, de celui que l’on appelait « l’Allemand » ? Véritable nazi vivant caché au fond des bois ?

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Les fameuses ruines de San Ignacio sont là. Pas celles des missions jésuites dont les touristes raffolent. D’autres. Celles du Parc Teyú Cuaré, celles de la maison du « nazi qui vivait au fond des bois ». Elles ne sont pas cachées mais il faut s’enfoncer dans la forêt de ce petit village situé à l’extrême nord-est argentin, pour les trouver.

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Le parc argentin Teyù Cuarè, à San Ignacio, renferme bien des mystères…

On dit que l’ancien occupant était un fuyard du IIIe Reich. Quelque soit l’identité du propriétaire, il voulait être tranquille. Sinon pourquoi construire sa baraque à plusieurs kilomètres de la « civilisation », dans les profondeurs de l’immensité subtropicale ? Où les chemins serpentent entre les plantes et les arbres immenses, ces géants faiseurs de photosynthèse appelés « maria preta » ou « macho toro ». Dans ce repère de bestioles rampantes et galopantes. Ici, même le ciel est habité d’étrangetés poussant d’effroyables cris qui font sursauter.

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S’enfoncer toujours plus loin dans la forêt subtropicale pour trouver les ruines

Putain, c’est quoi  ce bruit ?!  Quelle est cette chose que l’on dirait rescapée de la préhistoire et qui se la joue ptérodactyle ? Flipette… Ça y est, t’es dans les bois, t’entends un cri de rapace et tu t’imagines direct une bestiole sortie dont ne sait où… Relax, c’est juste des « jote cabeza colorada » qui chassent ou se baladent. Mais excellente intervention pour renforcer l’intensité dramatique, le suspense, à l’approche des vestiges de « l’antre du nazi ».

Bormann en chair et en os ?

A San Ignacio et dans la région de Misiones, c’est comme ça qu’on parle de celui qui occupait cette demeure perdue dans la forêt. Parce que les anciens en sont persuadés : ces ruines qui hantent le parc Teyú Cuaré sont bien l’œuvre de Martin Bormann, ancien chef de la chancellerie du parti nazi et secrétaire particulier d’Hitler. En résumé, pour ceux qui ne croient pas à sa mort dans la bataille de Berlin le 2 mai 1945, c’est ici que l’éminence grise du national socialisme, l’un des personnages les plus puissants du IIIe Reich, aurait vécu planqué… Attends. Deux minutes. Juste le temps de se pincer, savoir si c’est pas un trip. C’est ici, c’est sûr ?

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Une croix gammée barrée là où aurait vécu Martin Bormann, éminence grise de l’Allemagne nazie

Du coup, la déambulation entre ce qu’il reste de deux imposantes bicoques devient plus « archéologique ». L’œil est à l’affût d’une trace, d’un indice, de quelque chose qui pourrait confirmer la thèse d’un locataire amoureux de la croix gammée dans ce fin fond argentin. Mais on a beau se mettre dans la peau de l’écrivain Abel Basti, rien de tangible. Il y a bien le reste de ce qui pourrait être une salle de bain carrelée… Ce qui semble bizarre en plein milieu de rien, sauf s’il y avait bien un homme puissant et riche à l’intérieur… Mais pas grand chose de plus. Pour le profane, il n’y a que des murs en lambeaux, griffonnés par les touristes et submergés par la forêt. Un dignitaire fasciste a peut-être bâti cet endroit mais la nature reprend possession des lieux petit petit.

Selon certains, les vestiges d'une salle de bain carrelée

Selon certains, les vestiges d’une salle de bain carrelée

Sous-sols et miradors

Entre les pierres se sont immiscés des fleurs, des racines et des arbres. Mère-nature voulait, peut-être, extirper le mal… Sans l’ombre d’un doute, il s’est passé quelque chose ici. Une maison imposante, équipée de sous-sols et d’installations de survie bien dessinés, un système d’eau potable, le tout à l’abri des regards, ça a de quoi interpeller. Sans compter que le lieu choisi n’est qu’à deux pas du rio Paranà, qu’il suffit de traverser pour rejoindre le Paraguay. Pratique pour s’échapper en cas de besoin.

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Y avait-il un locataire fasciste ici ? Difficile de l’affirmer. Mais la nature reprend aujourd’hui peu à peu ses droits sur les lieux

Ce que l’on appelle aujourd’hui la « Casa de Bormann» était, selon le site internet de San Ignacio, un espace de vie composé de deux lieux proches, avec commodités, miradors et gardes, construit dans les années 1950 à l’aide des mêmes pierres que les réductions jésuites de la région pour accueillir un homme seul, inconnu, qui a disparu dans les années 1970.

La deuxième partie de la demeure

La deuxième partie de la demeure

Sur le propriétaire ? Nada. Hormis la rumeur qui continue de prononcer le nom de Martin Bormann. A l’entrée du parc, les gardes parlent avec facilité de cet homme que les anciens de San Ignacio avaient identifié comme « Allemand », sans plus de détails. Dans la ville, le souvenir du même fantôme traîne encore mais aucune photo, pas de témoignage direct, rien…

Le petit aux cheveux blonds

De retour à San Ignacio. « Alors ? Vous êtes allés marcher dans le parc ? », demande l’une des gestionnaires d’un petit hospedaje. Réponse enthousiastes des hôtes : « Oui. C’est beau et c’est une bonne balade de pas loin de vingt kilomètres. Mais c’est étrange cette maison Bormann. Il y avait vraiment un nazi ici ? » « Je ne sais pas. Et puis les anciens ne sont plus là pour en parler. Ce que je sais, c’est que j’avais une amie à qui la grand-mère est arrivée une étrange histoire. On racontait que dans sa jeunesse, elle a croisé l’homme qui vivait dans la forêt, celui qui se disait curé. Il se serait passé quelque chose là-bas. On ne sait pas vraiment quoi. La grand-mère de mon amie n’a jamais voulu en parler. Mais quelques semaines plus tard, elle était enceinte. Et c’est un petit aux cheveux blonds qu’elle a eu. »

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Les anciens ne sont plus là pour parler du nazi au fond des bois. Il ne reste qu’une rumeur et des histoires près du rio Paranà

 

Pour la petite histoire

Plusieurs versions existent quant à la mort de Martin Bormann, secrétaire particulier d’Hitler, figure du IIIe Reich et potentiel habitant de la forêt tropicale de San Ignacio, en Argentine.

  • La première. Selon le témoignage d’un des collègues nazis de Bormann, ce dernier serait mort lors de la bataille de Berlin, dans la nuit du 1er au 2 mai 1945. Mais au procès de Nuremberg, face au doute – son corps n’ayant pas été retrouvé à l’époque -, il est condamné à mort par contumace. Ce n’est qu’en 1973, suite à la découverte de deux dépouilles au moment de travaux de voirie à Berlin, que Bormann est déclaré mort. Un test dentaire aurait certifié l’identité des restes. Un résultat confirmé dans les années 1990 par un prélèvement ADN.
  • Seconde hypothèse. Bormann réchappe de la guerre et fuit en Amérique du Sud. Des propos du fils d’Eichmann et un livre du chasseur de Nazis Wiesenthal confirmeraient cette version. Autre témoignage, celui d’un collabo belge, Paul Van Aerschodt, décédé en 2011. Il assure dans un entretien avoir vu Bormann plusieurs fois en Bolivie et qu’il portait l’uniforme sacerdotal des Rédemptoristes. Une identité déjà mentionnée par l’auteur Paul Manning dans un ouvrage dédié à Bormann.
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