Le jour où j’ai perdu contre le Cotopaxi

Je me voyais déjà sur la cime du Cotopaxi, en Equateur. Ben non, en fait c’était la Bérézina. Je vous raconte tout.

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Ça devait être l’un de nos derniers défis. Enfiler des crampons, s’affubler de casques pas très sexy et de frontales. Ben oui, l’expédition qui mène au sommet du plus haut volcan d’Equateur encore actif, le Cotopaxi, se fait de nuit. « La glace est plus compacte sous les étoiles. C’est moins dangereux », explique Paul, notre guide. Et puis, on avait croisé pas mal de gus à l’hôtel qui revenaient du monstre en nous disant, « ces jours-ci le temps est clair. Ça passe jusqu’à la cime ». Sauf que la cime, c’est pas tout le monde qui y parvient. Ces gars étaient-ils des andinistes hors pair ou des aventuriers honteux, qui n’avaient pas osé afficher leur défaite ? Toujours est-il qu’après un entraînement de quasi 10 mois, des kilos en moins et des muscles en plus, nous nous lançons à l’assaut du géant. A chaque fois qu’on montait fumer une clope sur la terrasse de notre auberge, on le regardait. On l’admirait même. Fallait qu’on monte.

« Ça peut le faire »

J’avoue que j’avais tout de même quelques appréhensions. Depuis une poignée de jours, mes salmonelles me jouaient des tours de temps à autre. Souvenirs ramenés de La Paz, enfin de crois. Mais avec mes amis les anti-bios, je me disais « ça peut le faire ». Enfin j’espérais. D’autant que notre passage à Latacunga était notre dernière chance de nous mesurer à un tel monstre.
Bon ben c’est parti. Arrivée au refuge vers 15 heures. Dîner 17 h 30. Extinction des feux 18 h 30. Impossible de trouver le sommeil. Mais pas question de faire la « jaja ». Dans quatre heures le réveil sonnera pour une ascension de 7 heures au moins. Une boisson chaude, du pain de mie et de la confiture. Bouha, ça passe moyen à cette heure. J’ai encore la truite sur l’estomac. Halala, c’est pas le moment de s’écouter. Nous avons rendez-vous avec l’histoire, enfin notre histoire.
Les premiers pas s’enchaînent dans une espèce de sable gris, c’est du moins la couleur que lui donne le faisceau lumineux qui né au milieu de mon front. Première pause, une vingtaine de personnes boit un coup et mange une douceur, histoire de se donner des forces. Moi j’aurais bien continué. Mon souffle est calme, mes jambes répondent et mon cœur ne joue pas la chamade. « Ça va le faire. » Cinq minute à contempler les lumières de Quito, la capitale équatorienne, et en route.

Je perds à moitié l’équilibre

On avance tout doucement. Un pas, une respiration. On est pas prêt d’arriver à cette allure. Mais Paul a sans doute ses raisons pour nous faire évoluer tels des colimaçons. « Des petits pas, doucement. » Oki oki. Un quart d’heure plus tard, nouvelle halte. Cette fois, tout le monde sort ses crampons. Les cordées se mettent en place. « Si l’un d’entre nous se sent mal, on redescend tous les trois », martèle Paul. OK.
Les choses sérieuses commencent. Ah bah c’est pas tout à fait la même avec ces trucs au pied, déjà que c’était un tantinet étrange de marcher avec ces chaussures de haute montagne, presque aussi rigides que des après-ski. Bref, je regarde mes pieds et j’avance un coup en crabe (technique française paraît-il), un coup en canard en alternant les lacets et surtout, je garde bien mon piolet du côté de la montagne. C’est dur. Je perds à moitié l’équilibre. La corde est hyper tendue entre le guide et moi. Il me tire même par moment. Elle est complètement lâche derrière moi. Je ne marche pas assez vite pour la cordée.

Sur le point d’abandonner

J’essaie de prendre un rythme un tout petit peu plus soutenu. Cette fois, ma machine s’emballe, mes poumons se serrent. Je tente de me contrôler et j’avance. Chaque pas est une lutte. Je suis sur le point d’abandonner. Non encore un de plus. J’ai l’impression d’avoir envie de vomir. Mais j’en suis pas très sûre. Je sens même pas le froid sur mon visage. « Ça va ? », demande Paul. « Oui, oui. » Pourquoi je réponds ça moi ? L’orgueil ? L’envie de ne pas priver les autres ? Les deux à la fois sans doute.
Frou. Frou. Frou. « Stop ! On peut s’arrêter 5 minutes. » J’étouffe. Je pose mes fesses sur la glace. M’en fous du vent, juste je meurs. Une cordée nous double. Le deuxième marcheur essaie de me réconforter d’une petite tape sur la cuisse. Là, j’ai plus de doute, j’ai vraiment envie de gerber. Je me tourne face à la paroi. Et de une, de deux… Des nausées en veux-tu en voilà. Enfin ça sort. Mmm le repas de tout à l’heure. « On va faire demi-tour. Si on continue, tu vas te sentir encore plus mal », me dit le guide. Moi dans ma tête je me demande : « Ah bon, t’es sûr que ça peut être pire. Merde alors. » Bon bé, direction le pied du volcan. « On est à combien d’altitude ? » « Un peu plus de 5250. »

Désolée

« Pardon, je suis désolée. » Personne ne m’en tient rigueur. Mais je ressens la déception et la frustration autour de moi. « Je sais, je suis le maillon faible. Mais j’ai tout donné. » La descente ne me ménage pas vraiment, c’est que c’est raide en fait. Et l’envie de vomir qui me colle au bide. Et allez je baptise de nouveau la montagne. « Super ! » Le calvaire s’achève près de deux heures plus tard. Un peu de sommeil. C’est enfin fini. Cotopaxi 1 – moi 0. Et une revanche à prendre.

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